samedi, 14 octobre 2006

Patricia-M...Felipe (2)

Felipe ( 2 )

 

C’est donc sur ce jour nouveau que nous passâmes la nuit entière dans 3 ou 4 clubs de Jazz parisiens. Vers 4 heures du matin, dans notre dernière cave, Felipe m’a demandé pourquoi les musiciens abandonnaient leurs partitions. Je ne me souviens pas avoir répondu quelques chose d’intelligent à part un vague « Tout à une fin, même à St Germain ». Il s’est levé, a commandé deux grands cafés, noirs, avec plein de sucres. Sur scène, restait une contrebasse, posée sur un pan de rideau. Il est parti, une minute ou deux. Pendant ce temps, je recollais les sons et assumait une saine fatigue naissante. Je trempe mes lèvres dans le noir. Je relève la tête et pense rêver. Voilà Felipe accueillant entre ses jambes le divin instrument. Il joue, sans archet, « pizzicato »,avec la plainte des doigts. Je ne reconnais pas le morceau. Il hésite, un peu, au début, comme un duelliste à l’aurore et qui se demande bien ce qui lui vaut ce méshonneur. Les notes s’accrochent aux planches, au bois, puis s’élèvent entre lui et l’instrument. Il sont beaux. Boisés. Concentrés. Felipe est seul sur scène, sans lumières. Il s’enhardit. Les graves me troublent. Je regarde ses mains danser avec de plus en plus d’aisance. Beaucoup de rassoient. Nous les écoutons. Virevoltes. Prudences. Enlevées. « C’était une improvisade  dédiée à cette nuit », me revint-il. Il m’épate et l’envie. Nous sortons, le jour est presque au rendez-vous. « Où vas-tu, à présent ? »  me demande t-il à voix basse. « Chez moi », en souriant. « J’ai un train dans 4 heures pour Londres. Je vais y rester une semaine. Tu viens ? ». Nous marchons sur un boulevard dont j’oublie toujours le nom. « Felipe ? »

Lui : « Oui ? »

Moi : «  Non, je ne peux pas, je bosse »

Lui : «  Je te fais un mots d’excuse »

Moi : «  J’ai besoin de ce job »

Lui : «  On se reverra ? Tu me donnes ton adresse ? »

Je lui ai donné mon adresse, sans répondre pour autant à sa prime question.

Nous nous séparons Place du Châtelet.

Je rejoins ma chambrette de bonnette, près de l’avenue de la grande armée. Je ne pense pas à lui, je le substitue à la musique.

Il est six heures passées. Je me couche et m’endors.

 

-         3 jours plus tard –

L’ascenseur de service me conduit au RDC . Je vais travailler. Tiens, une carte postale dans mon intercalaire de fer. Je la met dans la poche de mon jeans. Je prend mon service. Un coup de « rien » finit par arriver. Je sens le carton. Je l’extrais : « London by night ». Ben voyons. Je découvre autre chose de Felipe : une écriture équilibrée et quasi musicale, des mots en douces vagues. L’homme est précieux et modeste. La signature me fascine. Belle. Juste Belle . Un pan de moi me reproche de ne pas être amoureuse.

Les jours passent.

 

Une lettre d’Espagne. Il me dit « Viens ».

Commentaires

Impressionnat ce Felipe !
A quand l'épisode 3 ?

Ecrit par : fifo | samedi, 14 octobre 2006

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