samedi, 16 décembre 2006

Patricia-M...Ce cheveu dans mon whiskey (2)

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Il se peut que j’attende quelqu’une aujourd’hui et que j’affiche une forme légère de la tension qui me tient du bout d’une pulpe au doigté inconnu.

Bien entendu, je suis en avance, cette fois , car l’enjeu est de taille ; je crois que c’est Elle. Mais tout commence comme dans un théâtre et la sincérité avec laquelle j’entrevois cette si précieuse minute où je vais la vivre pour la première fois et percevoir jusqu’à l’ombre de ces choses qu’Elle accompagne avec tant de naturel n'est pas en mesure de combattre ce délicat artifice. Donc, bien choisir sa place – selon le ton de la voix qui nous conviendra -, la lumière – et préserver une instinctive pudeur -, et la boisson de l’attente.

La boisson de l’attente, délicate offrande d’humeur à celle qui peut vous rejoindre. J’aime tout, ou presque ; la question n’est plus maintenant «  Quel est ce qui pourrait me faire envie ? » mais : « Quelle sera sa première idée en découvrant mon corps et mon verre ? ». Un café ? Trop banal, limite sans-le-sou. Une eau gazeuse ? Limite remède para pharmaceutique, trop inquiétant. Un jus de fruit frais ? Trop vite bu et trop de place sur la table avec ses accessoires. Un soda ? Approche trop juvénile. Un verre de vin ? Plus élégant, certes, mais que répondre exactement de la qualité infligée.

-          Bonjour, que désirez-vous boire ? 

( Aïe, le serveur s’affaire trop tôt ! Que faire ?! Je sens qu’il s’impatiente et se demande comment les gens peuvent ainsi s’attabler sans même savoir pourquoi ou pour quoi. Je ne veux pas être les gens. Je réplique avec une inconsciente célérité ..)

-         Un Whiskey.

-         Lequel ?

-         Qu’avez-vous à me proposer ?

Là, il égrène une liste rapide qui n’est pas faite pour mon plaisir.

-         Et en bourbons, vous avez quoi ?

Il réitère. Même effet. Je souris.

-         Je prendrai un ..Bowmore, finalement

-         Baby ?

-         Non.

-         Glace ?

-         Non !

Le voilà reparti. Pourquoi pas celui-là, je pourrais au moins avoir la suave parole de Lui tendre, à Elle, un peu d’histoire et de légende…Et marquerai ma présence de cette brutalité subtile et tendre. Merci, inconsciente célérité.

Je regarde ma montre. Il est 18h30 sur le méridien de Paris. Lorsque la grande aiguille aura parfaitement inversé l’apesanteur, Elle sera là. Peut-être.

-         Voilà, un Bowmore.

-         Merci.

Le verre est idéal, tapissé dans son fond d’inégales mais fascinantes bulles d’air. Il est lourd. Il est franc.

-         Excusez-moi.

Le serveur est revenu poser à côté de moi un verre certes plus modeste mais plus précieux et plus anodin que toute matière : de l’eau.

Il me semble qu’à partir de ce moment là, je commence à regarder vraiment autour de moi. Il me semble que je parviendrais presque à m’aligner sur une caisse boisée de résonances. Le décor et moi sommes plantés. J’espère que cela ne durera pas.

Je pense à Elle, sans audaces, en me ré-imprégnant de mes soupçons de certitudes, surtout les plus suaves et pérennes.

Mon verre envoie de l’or dans mes yeux, mon visage s’approche, en saisie une évasive mais prometteuse effluve.

Attendre, tout est là.

 

Commentaires

"une pulpe au doigté inconnu" pas mal c'est de qui? ;)

Ecrit par : captainwhat | samedi, 16 décembre 2006

Captain > Vous le savez depuis que vous venez de le découvrir ICI ;o)
( Euh...dois-je vous rappeler mon nom ? lol )

Ecrit par : Patricia-M | samedi, 16 décembre 2006

Là, vous m'en bouchez un coin de tourbe. La rivière Laggan, huitième merveille du single malt. Oui, je veux bien déguster avec vous un Bowmore Mariner. Bon, ça commence à bien faire Patricia.M.
Après gullfoss, voici maintenant les distilleries d'Islay comme prochaine visite. Je vous y emmènerai, promis. J'ai mes habitudes en Ecosse (aussi). Je dois retourner à l'ïle de Sky avec Pierrot le fou qui est domicilié à Imbra (Edinbourg). Il a l'âge de vos artères ce délicious architecte frenchie qui a préféré excercer ses talents dans les Highlands. Bon, c'est vendu. Au printemps, on décampe. Attendre tout est là, ça c'est sûr. Le mal c'est l'impatience.
Wonderful texte que le vôtre.

Ecrit par : Le poulpe | samedi, 16 décembre 2006

ah enfin!!!
Je passais là par hazard, ravie de pouvoir te lire à nouveau!
Il ne me reste plus qu'à attendre la suite avec une délicieuse impatience... ;)

Ecrit par : zanou | dimanche, 17 décembre 2006

Merci pour le clin d'oeil (du poulpe), merci pour le zazard-zanou !

Ecrit par : Patricia-M | dimanche, 17 décembre 2006

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