dimanche, 07 décembre 2008
Prudence sur la glace !

Le temps de survie dans l'eau glacée -pour un être humain en bonne santé- est estimé à 4 minutes.
Pour pouvoir circuler sur les grandes étendues glacées, quelques précautions s'imposent : d'une part observer la couleur de la glace et, simultanément, évaluer sa solidité. Il faut avoir conscience que pour un individu avec un partenaire il faut au moins 15 cms d'épaisseur et, pour des activités de groupe, au moins 20 centimètres. Plus vous voudrez vous déplacez vite et en nombre, plus la glace devra être glacialement bleutée et aussi épaisse que votre prétention. Ne perdez pas ces dimensions de vue, elles pourraient vous sauver la vie. Vous devrez être vigilants à chaque mètre car la glace est vivante, et donc ...changeante.
Prudence est née à la fin du XXème siècle. Prudence apprend à marcher, à parler, à glisser, à survoler, à surnager, à s'employer, à aimer, à rêver à plus que soi, à affronter, à se cacher, à mentir, à choisir ...Bref : Prudence apprend à vivre. A partir de 20 années, elle s'emploie à ajuster l'ensemble de ses apprentissages et se lançe sur la glace.
Prudence n'est pas timorée, ni franchement imprudente; Elle accepte les Lois mais se moque des règlements.
Pour rejoindre les continents, elle doit - comme nous tous - affronter le permafrost. Si on reste sur le même continent, forcément, on nait pas vivant.
La question est de savoir, pour elle, si elle se lance seule, à deux, ou à plus de 2,01, pour atteindre son premier continent.
Prudence a alors 19 ans et opte pour une tentative en solitaire.
Ca marche !
- 20 ans plus tard -
Prudence a traversé 6 continents, de moins en moins seule. Elle a fini par penser que la glace devenait un peu comme elle : de plus en plus bleue, de plus en plus épaisse, de plus en plus prévisible. Ella a baissé sa garde, confiante.
Elle est tombée.
En-dessous, l'eau est calme. Mais noire, mais froide.
- 4 minutes.
- 4 minutes.
- 4 minutes.
- 4 minutes.
- Le souffle est tranché net.
- Le sang a du mal à venir alimenter le cerveau.
- Vous voilà désorienté. Forcément.
- Le coeur pompe comme un maladroit hystérico-analphabète.
Second tempo de votre mort :
- Les bras et les jambes s'engourdissent.
- Vos mains ne répondent plus.
- Vous êtes en mode vertical.
Troisième tempo de votre mort :
- Hypothermie : vous voilà tombé à moins de 35°C.
- Vous êtes devenu une poupée irrationnelle, désordonnée.
- Votre coeur ne parvient plus à réguler le sang gélifié.
Tout ce que Prudence a tenté d'apprendre et de conforter lui semble, là, crétin.
Mais Prudence ne va pas mourir, non. Elle va frissonner encore un peu, entourée. Tout sera bien, bientôt.
Elle lira (ira sur) la Glace sans vraiment plus la regarder, quelque chose a changé.
Quelque chose que, seuls, donnent ces voyages.
La cartographie des glaces est son nouveau bagage.
21:36 Publié dans 3- VOUS + MOI + GAÏA !! | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : zademack-obdaseisträgt, dépression, survie eau glacée, patricia-m



Commentaires
Mon cerveau a immédiatement repensé àun extrait des Chants de Maldoror en lisant ton post:
"Je m’assis sur un roc, près de la mer. Un navire venait de mettre toutes voiles pour s’éloigner de ce parage : un point imperceptible venait de paraître à l’horizon, et s’approchait peu à peu, poussé par la rafale, en grandissant avec rapidité. La tempête allait commencer ses attaques, et déjà le ciel s’obscurcissait, en devenant d’un noir presque aussi hideux que le cœur de l’homme. Le navire, qui était un grand vaisseau de guerre, venait de jeter toutes ses ancres, pour ne pas être balayé sur les rochers de la côte. Le vent sifflait avec fureur des quatre points cardinaux, et mettait les voiles en charpie. Les coups de tonnerre éclataient au milieu des éclairs, et ne pouvaient surpasser le bruit des lamentations qui s’entendaient sur la maison sans bases, sépulcre mouvant. Le roulis de ces masses aqueuses n’était pas parvenu à rompre les chaînes des ancres ; mais, leurs secousses avaient entr’ouvert une voie d’eau, sur les flancs du navire. Brèche énorme ; car, les pompes ne suffisent pas à rejeter les paquets d’eau salée qui viennent, en écumant, s’abattre sur le pont, comme des montagnes. Le navire en détresse tire des coups de canon d’alarme ; mais, il sombre avec lenteur… avec majesté. Celui qui n’a pas vu un vaisseau sombrer au milieu de l’ouragan, de l’intermittence des éclairs et de l’obscurité la plus profonde, pendant que ceux qu’il contient sont accablés de ce désespoir que vous savez, celui-là ne connaît pas les accidents de la vie. Enfin, il s’échappe un cri universel de douleur immense d’entre les flancs du vaisseau, tandis que la mer redouble ses attaques redoutables. C’est le cri qu’a fait pousser l’abandon des forces humaines. Chacun s’enveloppe dans le manteau de la résignation, et remet son sort entre les mains de Dieu. On s’accule comme un troupeau de moutons. Le navire en détresse tire des coups de canon d’alarme ; mais, il sombre avec lenteur… avec majesté. Ils ont fait jouer les pompes pendant tout le jour. Efforts inutiles. La nuit est venue, épaisse, implacable, pour mettre le comble à ce spectacle gracieux. Chacun se dit qu’une fois dans l’eau, il ne pourra plus respirer ; car, d’aussi loin qu’il fait revenir sa mémoire, il ne se reconnaît aucun poisson pour ancêtre ; mais, il s’exhorte à retenir son souffle le plus longtemps possible, afin de prolonger sa vie de deux ou trois secondes ; c’est là l’ironie vengeresse qu’il veut adresser à la mort… Le navire en détresse tire des coups de canon d’alarme ; mais, il sombre avec lenteur… avec majesté. Il ne sait pas que le vaisseau, en s’enfonçant, occasionne une puissante circonvolution des houles autour d’elles-mêmes ; que le limon bourbeux s’est mêlé aux eaux troublées, et qu’une force qui vient de dessous, contre-coup de la tempête qui exerce ses ravages en haut, imprime à l’élément des mouvements saccadés et nerveux. Ainsi, malgré la provision de sang-froid qu’il ramasse d’avance, le futur noyé, après réflexion plus ample, devra se sentir heureux, s’il prolonge sa vie, dans les tourbillons de l’abîme, de la moitié d’une respiration ordinaire, afin de faire bonne mesure. Il lui sera donc impossible de narguer la mort, son suprême vœu. Le navire en détresse tire des coups de canon d’alarme ; mais, il sombre avec lenteur… avec majesté. C’est une erreur. Il ne tire plus des coups de canon, il ne sombre pas. La coquille de noix s’est engouffrée complètement. "
Ecrit par : Leznotte | mercredi, 14 janvier 2009
Je viens juste de prendre connaissance de ton (superbe) commentaire sur fond du comte de Lautréamont.
Ici, le fond est sombre, mais il me semble bien que cela facilite la lecture ... ;o)
A bientôt, même plus tard !
Ecrit par : Patricia-M | vendredi, 06 mars 2009
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