vendredi, 22 décembre 2006

Patricia-M...Ce cheveu dans mon whiskey (5 et fin)

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-         - En général ou là maintenant ?

-         - Eh bien, maintenant !

-         - Oui, j’ai rendez-vous.

-          -  Alors, n’oubliez pas Athor ! Ou pensez à ceux qui l’ont sur la langue

-         -  Quoi donc ?

-         -  Le cheveu, bien sûr !

Et il s’en retourna prestement, fier de lui.

Je bois mon verre d’eau d’un trait. Un autre me ferait bien envie. Je me relève et vais directement en demander un au comptoir. Lorsque je reviens à ma table, une femme s’est assise et parcours mon livre laissé à côté de mon Bowmore. J’ai un choc : de dos, elle me ressemble étrangement : même veste de cuir, mêmes épaules, même maintien, même coupe de cheveux…Je m’approche, un peu plus lentement que possible. Elle s’est assise à ma place !

Elle se tourne, me regarde, un peu émue :

-         Bonjour…vous êtes très ponctuelle…asseyiez-vous…L’endroit vous plaît ?

Je tombe assise, abasourdie….et je balbutie…

-         Mais enfin, , j’a…j’avais…rendez-vous…

-         Avec moi, oui, ce sont des choses qui arrivent parfois.

-         Monsieur, s’il vous plaît ?

-         Ouiiii ? Ah votre rendez-vous est arrivé ! Si je puis me permettre, vous vous ressemblez drôlement, c’est votre sœur jumelle ? Que désirez-vous boire ?

-         La même chose.

-         Le double pour moi.

-         C’est parti mesdames !

-         Très joli.

-         Quoi donc ?

-         « le double pour moi »

-         Je deviens folle, ou je rêve ? Ou les deux ?

-         Tu y es pourtant bien habituée à gérer Patricia et Patricia-M, je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas prendre un verre ensemble et se rencontrer de temps en temps ? Toujours ensemble et toujours séparées, c’est pas une vie ça.

-         Mais laquelle des deux es-tu ?

-         Les mêmes que toi, alternativement.

-         Comment allons-nous ?

-         Pas très bien, Patricia-M semble vouloir prendre le dessus et enfermer l’autre dans le royaume doré et rassurant du cyber monde.

-         Il y a alors aussi 2 mondes ?

-         Oh, bien plus que ça et s’en rendre compte démultiplie d’autant nos « moi ». Chaque « moi » se crée pour un monde bien précis : réflexe de survie. Le souci, c’est quand les mondes se juxtaposent ou se croisent , créant un autre monde hybride, là, l’humain a du mal à suivre.

-         Et c’est ce qui nous arrive ?

-         Oui, une d’entre nous manque d’ancrages dans le monde réel et perd petit à petit les codes qui le composent.

-         Mais elle a des repères tangibles et aimants : sa famille, ses amis, sa maison, ses roses, ses musiques, ses….

-         Je connais l’histoire, merci. Oui, mais ces fameux repères elle les a aussi glisser dans son monde. Même les enfants ont des pseudos, et même sa compagne.

-         En gros, Patricia-M fait de Patricia……un…..avatar ?

-         Un avatar de chair et de sang, mais un avatar quand même, en effet.

-         Un « second life » inversé en somme. C’est effrayant.

-         Ce qui est effrayant, surtout, c’est que , paradoxalement, cela lui sauve la vie. Je pense qu’elle n’est pas capable d’encaisser de nouvelles plaies et bosses et Patricia-M est son plus sûr bouclier, peut-être même sa seule chance à recontistuer l’estime d’elle-même, ou sa confiance.

-         Mais c’est inextricable et pervers cette affaire !

-         C’est pour cela que je suis là, devant toi.

-         Quoi ? On va se la jouer « Highlander » : « Il ne doit en rester qu’une ? »

-         Tu avais un cheveu dans ton whiskey, tout à l’heure, tu te souviens ?

-         Et maintenant c’est une c…. dans le potage, c’est ça ?

-         Tu t’es demandé à qui il appartenait ?

-         Oui, bien sûr, mais je n’ai pas trouvé. C’est important ? Tu sais quelque chose à ce sujet ?

-         Une hypothèse, oui…Une personne qui se penche sur toi à chaque instant et que tu ne vois pas.

-         Sur Patricia-M ou sur Patricia ?

-         Justement, la magie, vient du fait qu’elle réunit les deux, qu’elle sait les réconcilier. Et ce cheveu existera tant que tu ne l’auras pas accepté. L’amitié et l’amour sont bien plus complexes que tous nos avatars, c’est un monde à part entière, le seul, sans doute, où tous les « moi » sont ensemble.

-         A condition de le reconnaître…

-         Et quand nous sommes aimées, nous n’avons plus l’idée de nous perdre, même de vue…nous nous devons d’entrer humblement dans ce territoire sans rien en attendre, sans chercher à le comprendre. Nous ne devons pas nous y opposer.

-         La vie ne tient qu’à un cheveu.

-         Tout dépend de quoi est composé ce cheveu en question.

 

dimanche, 17 décembre 2006

Patricia-M...Ce cheveu dans mon whiskey (4)

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-         Je suis toute ouïe !

-         J’adore cette expression, vous savez !

-         Pourquoi, vous étiez un poisson dans une vie antérieure ?

-         Hummm….non, je pensais à une femme.

-         En particulier ?

-         Oui, et c’est ça qui me fait autant de bien. Bref !

-         Oui, je…vous écoute.

-         Le cheveu est en soi une merveille, une magie vivante, un miracle architectural, une poésie active, impérissable…Cette toute petite chose que je tiens entre mes doigts est la preuve que le monde et l’univers peuvent se concentrer et se voir dans le même temps.

-         Pas très scientifique tout cela !

-         Si, attendez. Saviez-vous que le cheveu est la première et la plus bénie des fibres naturelles ? De celles qui tissent l’existence même du Vivant le plus absolu ? Ce cheveu là en est l’empreinte la plus délicate qu’il m’est jamais été donné de voir. Comprenez : Un cheveu est composé à 95% de Kératine avec plus de 18 acides aminés, comme pour nos propres peaux.

-         Kératine ?

-         La Kératine existent sous deux formes : alpha et bêta. Ce sont ces deux formes qui créent la cohérence.

-         Continuez…

-         Lors d’un allongement de la chaîne de kératine, celle-ci passe de la forme alpha à la forme bêta. Quand l’étirement cesse, elle reprend sa forme de départ, à la manière d’un ressort. Quand il est mouillé, le cheveu s’allonge et peut absorber jusqu’à 30% du liquide qui le trempe.

-         Il a bu mon Bowmore ?

-         Oui, sans aucun doute. Et il le vaut bien. Passons, vous voulez bien ? Le taux de kératine augmente au cours du temps et provoque le durcissement et la mort du cheveu. La division cellulaire s'arrête alors et le follicule se rétracte. Mais, pas là. Pas avec celui là. Je suis certain qu’il a de merveilleuses tuiles.

-         Une tuile ?

-         Oui, c’est le nom donné aux plaques qui recouvrent sa surface : Une tuile. La sénescence s’observe par les tuiles du cheveu. Un indice microscopique.

-         Paf, la tuile.

-         Vous n’êtes pas sérieuse. Je suis sérieux.

(Il tourne les talons)

Je me rassemble : un concentré d’univers a chu dans mon verre, et de la meilleure eau encore, paraît-il. Certes.

-         Monsieur ? S’il vous plaît …

(Il revient)

-         Oui ?

-         Finissez, je commence juste à comprendre.

-          Au centre de la fibre se trouve la moelle, sans activité particulière, et la couche suivante, le cortex, en constitue le cœur. C'est ici que se trouvent les mélanines qui déterminent la couleur de la chevelure.

-         Vous dîtes moelle, cortex, cœur…c’est troublant.

-         Oui, vous commencez à réaliser que cela va au delà de la peau, de la surface des choses, vous rentrez vous aussi dans la spirale de son corps qu’est le nôtre.

-         D’où l’ADN..enfin, sa forme hélicoïdale ?

-         Je ne sais pas. C’est intéressant. Je n’y ai pas encore réfléchi, à vrai dire. Mais il est vrai que son architecture est…

-         Est… ?

-         Il m’arrive de chercher mes mots, vous savez. J’en brasse pas mal, ici, tous les jours, mais rarement ceux-là. Vous permettez ?

(Il quitte la salle et se campe dehors, mains sur les hanches).

Tout à coup, je m’effraye. Pourquoi cet échange me semble à la fois évident et surnaturel ? Je craque une nouvelle allumette et aspire une nouvelle yankee. Ne pas réfléchir, se laisser cueillir. J’aurais aimé avoir encore le cheveu devant moi pour me mesurer à lui.

-         Son architecture est fascinante. Il se développe en zones concentriques. À l'âge adulte, le cheveu a la forme d'une fibre cylindrique torsadée. Sa composition résiste remarquablement à la dégradation chimique, mécanique et photochimique. Et tout ce petit monde existe sur une épaisseur inférieure à un dixième de millimètre.

-         Ce qu’on voit n’est pas ce qu’on croit, n’est-ce pas ?

-         Oui, c’est là que réside la magie, cette union de la science et de la philosophie.

-         De la connaissance et de la poésie ?

-         De la raison et du plaisir.

-         De la réalité et de notre faire devenir ?

-         Vous vous approchez, vous allez me rejoindre, enfin !

-         Ce n’est pas vraiment vous que j’attendais.

-         Bien entendu. J’imagine que vous avez rendez-vous, grâce à lui, avec la déesse Athor.

-         Pardonnez-moi, je ne comprend pas bien...Enfin, je veux dire…je ne sais pas qui est Athor

-         Athor et à ….

-         Ah non !

-         C’était tentant. Excusez-moi, c’est une situation…

-         Athor partagée !

-         Hum. Athor était une déesse…Egyptienne , je crois, qui a historiquement fournie une autre interprétation de la chevelure qui, avant, était l’apanage de la virilité masculine. Avec elle, on entre dans une nouvelle ère : le beau cheveu devient le prélude à l’acte amoureux.

-         La boucle est bouclée. Je réalise.

-         Vous attendez quelqu’un ?

 

Patricia-M ...Ce cheveu dans mon whiskey (3)

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J’approche le verre à mes lèvres et je m’égare une seconde à la lisière d’un bois léchant un océan.
L’association de la fougère et de l’iode frise autour de ma bouche et retient encore un instant le geste de la première gorgée. Profiter encore, garder en soi ce chemin parallèle encore quelques précieuses minutes, laisser le temps s’occuper seul de La laisser se rapprocher de moi.
Un parfum troublant m’assaille à présent : celui du cuir frais. Je suis désemparée : s’agit-il du mélange entre ma veste et mon parfum ou bien du Bowmore ou bien encore tout cela fait-il corps ? Il faut que je me calme. Il faut que je cesse de me livrer ainsi à moi-même. Il est temps de boire ce verre.

Hélas, cela ne me sauve pas davantage. Sa mise en bouche est suave, forcément un peu salée avec une teinte de cerises sauvages et de violettes. Je rêve d’Elle debout, presque éveillée. L’attaque est sobre mais le bouleversement m’attendait sur la complexité absolue de la finale, longue et de par trop agréable, car un peu sèche. Je crois que j’ai fermé les yeux un instant sur son éclat or et ambre révélé par un rayon de soleil et divague secrètement sur les cuisses de mon inconnue. Cette torpeur pour déconstruire le tort d’avoir peur ?

Je me lève, me dirige jusqu’au comptoir cuivré et achète un paquet de cigarettes, blondes et américaines. Puisque c’est ainsi que je me formule les choses, je me sens sourire.

Je retourne à ma place. Allumette. Feu. Fumée. La vie reprend son cours normal, les brouhahas leur amplitude sourde. Encore vingt minutes. Tandis que j’allais de nouveau boire une nouvelle gorgée, je trouve un cheveu dans mon whiskey. Non, ce n’est pas un des miens et ouf, ce n’est pas un poil. Etait-il déjà là depuis le début ? Aurais-je voyagé avec lui sur mon épaule et se serait-il laissé tomber dans mon verre ?

Je jette un œil à mon serveur, à ses collègues, au patron : ils ne peuvent être responsables, ils portent le cheveu trop court pour répondre à celui qui nage en surface. Je pense que cela me rassurerait de connaître l’origine, cela m’empêcherait une nausée proportionnelle au plaisir qui m’avait saisie quelques minutes auparavant. Cela m’éviterait de penser que ce cheveu est un signe malheureux , un grain de sable annoncé dans mon approche sensuelle de son corps, à elle, entrevu grâce à ce cher Bowmore. La terre devient dure, les sons plus aigus, ma raison cède du terrain à l’irrationnel.

-         Monsieur ? Excusez-moi !

-         Oui ?

-         J’ai un cheveu dans mon whiskey.

(Il regarde)

-         En effet, mais ce n’est pas le mien…Ni celui de mes collègues !

(Il rit)

-         Il n’est quand même pas tombé du ciel ?

-         Tout est possible, vous savez.

-         Mais, c’est…dégoûtant !

-         Visuellement, c’est pas très agréable…mais, vous en risquez rien avec un bain dans le whiskey, y’a pas une bactérie qui tient le choc.

( Il part chercher une petite cuillère )

-         Vous permettez ? Je vais le sortir de là.

(Si fait, il l’attrape ensuite délicatement entre le pouce et l’index et le regarde attentivement)

-         Très beau spécimen…

-         Vous êtes collectionneur ?!

-         Non, une sorte d’épicurien scientifique. Si ce cheveu avait été autre chose que ce qu’il est, je vous aurais changé immédiatement votre verre. Mais là, vous avez beaucoup de chance.

-         De la…chance ?

-     Oui, je vais vous expliquer pourquoi. 

samedi, 16 décembre 2006

Patricia-M...Ce cheveu dans mon whiskey (2)

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Il se peut que j’attende quelqu’une aujourd’hui et que j’affiche une forme légère de la tension qui me tient du bout d’une pulpe au doigté inconnu.

Bien entendu, je suis en avance, cette fois , car l’enjeu est de taille ; je crois que c’est Elle. Mais tout commence comme dans un théâtre et la sincérité avec laquelle j’entrevois cette si précieuse minute où je vais la vivre pour la première fois et percevoir jusqu’à l’ombre de ces choses qu’Elle accompagne avec tant de naturel n'est pas en mesure de combattre ce délicat artifice. Donc, bien choisir sa place – selon le ton de la voix qui nous conviendra -, la lumière – et préserver une instinctive pudeur -, et la boisson de l’attente.

La boisson de l’attente, délicate offrande d’humeur à celle qui peut vous rejoindre. J’aime tout, ou presque ; la question n’est plus maintenant «  Quel est ce qui pourrait me faire envie ? » mais : « Quelle sera sa première idée en découvrant mon corps et mon verre ? ». Un café ? Trop banal, limite sans-le-sou. Une eau gazeuse ? Limite remède para pharmaceutique, trop inquiétant. Un jus de fruit frais ? Trop vite bu et trop de place sur la table avec ses accessoires. Un soda ? Approche trop juvénile. Un verre de vin ? Plus élégant, certes, mais que répondre exactement de la qualité infligée.

-          Bonjour, que désirez-vous boire ? 

( Aïe, le serveur s’affaire trop tôt ! Que faire ?! Je sens qu’il s’impatiente et se demande comment les gens peuvent ainsi s’attabler sans même savoir pourquoi ou pour quoi. Je ne veux pas être les gens. Je réplique avec une inconsciente célérité ..)

-         Un Whiskey.

-         Lequel ?

-         Qu’avez-vous à me proposer ?

Là, il égrène une liste rapide qui n’est pas faite pour mon plaisir.

-         Et en bourbons, vous avez quoi ?

Il réitère. Même effet. Je souris.

-         Je prendrai un ..Bowmore, finalement

-         Baby ?

-         Non.

-         Glace ?

-         Non !

Le voilà reparti. Pourquoi pas celui-là, je pourrais au moins avoir la suave parole de Lui tendre, à Elle, un peu d’histoire et de légende…Et marquerai ma présence de cette brutalité subtile et tendre. Merci, inconsciente célérité.

Je regarde ma montre. Il est 18h30 sur le méridien de Paris. Lorsque la grande aiguille aura parfaitement inversé l’apesanteur, Elle sera là. Peut-être.

-         Voilà, un Bowmore.

-         Merci.

Le verre est idéal, tapissé dans son fond d’inégales mais fascinantes bulles d’air. Il est lourd. Il est franc.

-         Excusez-moi.

Le serveur est revenu poser à côté de moi un verre certes plus modeste mais plus précieux et plus anodin que toute matière : de l’eau.

Il me semble qu’à partir de ce moment là, je commence à regarder vraiment autour de moi. Il me semble que je parviendrais presque à m’aligner sur une caisse boisée de résonances. Le décor et moi sommes plantés. J’espère que cela ne durera pas.

Je pense à Elle, sans audaces, en me ré-imprégnant de mes soupçons de certitudes, surtout les plus suaves et pérennes.

Mon verre envoie de l’or dans mes yeux, mon visage s’approche, en saisie une évasive mais prometteuse effluve.

Attendre, tout est là.

 

samedi, 28 octobre 2006

Patricia-M..."Rupture...ou séparation"

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Rupture ou séparation

 

Cela ne fait pas tout à fait un mois. Presque un mois, mais pas encore, pas tout à fait.

J’ai sans doute besoin de cet intervalle anniversaire comme un chameau d’une dune. Je n’ose pas compter les jours qui m’en séparent. Et pour cause ! Peut-être faudra-t-il attendre encore une, voire deux semaines entières ?

Cela me revient à présent, la mozzarella dans le frigo est bonne jusqu’au 22 et elle m’a dit : « Plus que 3 jours, sinon, elle sera perdue ».

Plus que 3 jours, c’est vite dit, le temps ne passe plus de la même façon à présent entre elle et moi.

Pour vous, je ne sais pas, mais pour moi, c’est la première fois.

Et la dernière, aussi je l’espère.

*******

 

Avertissement

Je suis par avance entièrement d’accord avec celles et ceux qui a priori ricanent sous cape : la belle affaire vraiment cette histoire de rupture ! L’écrire, en plus !

Décidément ce monde est perdu ou en passe de l’être : inepties, uniformisation, langues de bois ou de vipères, tout concoure à croire que nous n’aurions rien à dire sans aider au confort de ceux là mêmes qui se méfient des autres.

Que le nombril soit devenu, après le sexe ou le cœur la matière première de cette vie ? Est-ce que je me trompe moi-même à tendre cette histoire ? Mais je suis-je pas aussi ma meilleure amie ?

Si j’étais assez faible pour imaginer être en accord avec le plus grand nombre, il y a tant de choses que je n’aurais pas faites, comme l’aimer et faire d’elle – à contre courants- une compagne permanente de ma vie.

Si j’avais un tant soit peu d’esprit religieux – Mon Dieu, je suis laïque ! – je vous dirais que ce nouveau parcours, sans elle, ressemble à un pèlerinage.

L’image est facile ?

Tant mieux, nous le partagerons que mieux, en évidence(s) de l’image qu’elle sollicite, ou suscite !

Sachez d’ores et déjà que je n’ai aucune intention de compliquer le discours, j’assume d’employer ici un lieu commun, une image toute faite s’ils peuvent exprimer clairement ce que, dans le fond, j’ai à nous dire.

Donc, disais-je, un pèlerinage.

Oui, j’aurais certainement du le présenter avant de le nommer. Voilà qui ménagent les effets de manches !

Mais là, je me heurte à ce nouveau monde entr’ouvert où les évidences sont si rudes qu’elles me préfèrent dogmatique.

 

 

 

Donc, un pèlerinage.

 

Pour aller où ? Rejoindre qui ou quoi ?

Un autre endroit mythique.

Vous savez, celui où vit une communauté de gens heureux parce qu’ils sont libres, riches et en bonne santé ( les LiRiBoS ). Je précise libres car il est bien connu que cet attachement entre elle et moi faisait forcément de moi un être aliéné, potentiellement malheureux et surtout pauvre puisqu’il faut pouvoir la prendre en charge… et donc, pour rassembler : malade. Mais si, voyons, c’est bien connu !

 

Votre Eden me pose toutefois un petit souci : Parmi la communauté des LiRiBoS certains sont désignés comme tel mais ne le vivent pas comme tel. Pas la peine de développer, pas le droit non plus.

C’est ainsi que cette histoire, appréhendée par les bons LiRiBoS avec un mépris amusé devient – et c’est magique – une rébellion simple et universelle, et donc dangereuse.

 

Alors, pourquoi vivre sans Elle ?

 

La chose est entendue maintenant entre nous : cette séparation ne me conduira pas forcément au paradis que vous nous infligez. La souffrance est réelle, même si elle vous est marginale. La récompense est tangible, certes, mais au prix d’une chirurgie incertaine faite en aveugle. Quel paradoxe : il faut les entendre, tous, vouloir votre bonheur, votre bien-être pour admettre, les épaules un peu tombantes que cela ne changera rien.

Vous me suivez ?

Une femme écrit ces lignes sur quelque chose sur une épreuve qui ne révolutionnera ni sa vie, ni la votre, ni la leur.

Pour poursuivre, il faut réaliser en même temps que moi que les choses les plus capitales commencent toujours par apparaître comme dérisoires, au début. Accepter également que l’écrit est une expression de soi pour l’autre et n’est pas tenu de tenter d’accéder au rang de l’excellence reconnue. L’écrit n’est sacré que par l’esprit qu’il partage, ou un truc du genre.

 

Les LiRiBoS m’avaient déjà souvent demandé de les rejoindre, et donc de la quitter. En fait, ils l’ont fait dès que je l’ai rencontrée, il y a un peu plus de 15 ans.

Je ne pouvais pas compromettre si tôt ma vie si prometteuse. Je ne devais pas lui confier mes tensions, mes angoisses, pas plus que mes plaisirs.

Au début, j’ai haussé les épaules : le discours était tellement attendu !

Avec le temps, beaucoup se sont un peu résignés : ils ont fini par la tolérer et parfois même l’aimer. Elle a été sensible, je pense à cet adoucissement entre nous et eux et elle a beaucoup changé toutes ces années : elle est parfois devenue plus légère, plus fraîche, plus discrète. J’ai accompagné le moindre de ses changements tant qu’elle me donnait ces doux et si coupables petits bonheurs de la respirer, de la prendre en bouche comme un premier cru, de la retrouver en voyage ou à mes côtés, au beau milieu de la nuit.

D’aucuns diront que notre relation était également passionnelle et qu’elle se jouait de moi. Oui, c’est vrai, parfois elle disparaissait sans crier gare et si tout mon être tendait à vouloir l’ignorer, je me retrouvais vite à cavaler à travers la ville ou à solliciter mes amis, selon les jours. Mais j’imagine que j’aimais cela et nous nous retrouvions à chaque fois.

 

Mais voilà, il y a presque un mois…qu’elle n’est pas revenue ailleurs que dans mes rêves ou dans quelques instants volés.

Je ne sais pas si je lui manque, ils n’arrêtent pas de me dire que « non », qu’elle poursuit sa vie de la même façon, qu’elle continuera de détruire d’autres vies prometteuses. Ces « ils » sont mauvaise langue, je suis sûre qu’elle ne fait pas exprès, je suis sûre qu’elle n’y est pour rien, elle est juste la cible rêvée : Trop belle, trop fine, trop capricieuse…trop experte en plaisirs...trop irrationnelle, trop experte…Trop tout. Ce « trop » qu’ils en supportent pas, même s’ils le voudraient bien. Les sorcières sont passées par là, avant elle. Elle est plus libre que moi, plus libre que vous, qu’eux. Déroutant.

 

Et puis, il y a un mois environ, ils ont détachés un de leur meilleur agent. Il a demandé à me rencontrer, seul à seule.

Il m’a dit, très doucement, qu’elle n’allait pas revenir parce qu’il la prenait avec elle.

Moi j’ai entendu qu’il me l’enlevait.

Il m’a dit qu’elle avait trop changé, qu’il la connaissait depuis toujours, qu’elle devenait dangereuse pour moi…Il m’a montré des choses, des photos d’elle et du mal qu’elle avait fait, à d’autres. Je ne pouvais me méprendre ou me mentir, oui, c’était bien elle, là, sur ces images. « N‘y-a-t’ il pas moyen de faire autrement ? ».

Il m’a répondu que les années qui nous avaient liées autorisaient encore certaines rencontres, à ma seule initiative pondérée. Il a beaucoup insisté là-dessus.

 

Oui, mais maintenant, je « savais ». Non, ne plus la chercher ou la tenter à nouveau. Je sais aussi que je la croiserai encore, toute ma vie, à travers tous ceux et toutes celles qui l’accueilleront.

J’imagine que j’en aurais parfois la nausée, parfois le désir. Je ne sais pas.

 

L’homme a refermé mon dossier.

 

« Vous pourrez la revoir, mais faîtes attention, elle vous ment à présent. »

Je vous l’avoue : je sais à présent qu’il dit vrai. Je vais juste devoir apprendre à être soulagée de sa présence.

 

Qui partagera cela avec moi ?

 

Sans aucun doute, celles et ceux qui, comme moi, ont fumé pendant un peu plus de quinze ans et qui découvrent, en violences et en raison, que poursuivre serait « se tuer ».

Je l’appelais « cigarette ».