mardi, 17 octobre 2006
Patricia-M...FELIPE ( Episode 4 )
FELIPE ( Episode 4, l’avant dernier )
« Rester un peu chez moi » signifie surtout reprendre contact avec tous mes voisins et voisines d’étage. En d’autres termes, tout le monde fourré les uns chez les autres ou encore à se réunir sur le toit, la nuit, évidemment.
Un moment, j’avais même installé une ligne de téléphone reliée entre 4 chambrettes ( j’avais même pensé à ajouter un poste dans nos 2 wc collectifs, au cas où…) et ce fut un joyeux bordel : Anne, par exemple, était en ligne avec sa mère tandis que Matthieu et moi choisissions forcément ce moment là pour décrocher en même temps … Je vous laisse imaginer. Remarquez, cela n’a pas duré longtemps car, un beau matin, alors que je m’éveillais en douceur, j’ai entendu notre Ibère concierge bougonner, marmonner, psalmodier alors qu’elle était censée se taire et faire le ménage hebdomadaire des parties communes aux étages des fous. Et plus le temps passait, plus elle tournicotait dans le couloir. Qu’est-ce qu’elle a encore, je vous le demande ! J’étais prête à sortir le lui demander en personne lorsque tout à coup, j’ai vu mon téléphone bouger tout seul, puis se vautrer lamentablement par terre. Si mon installation était pratique, elle avait le défaut majeur de faire courir des mètres de fils dans le couloir. Elle aurait vu le diable que cela n’aurait pas été pire alors, elle l’a tiré par la queue avec une énergie et un courage que je ne lui connaissais pas. Elle a tant et si bien tiré que mon téléphone s’est retrouvé propulsé contre ma porte. Vous savez ce que j’ai fais ? J’ai tiré de mon côté sur le fil, sans rien dire. Là, elle s’est mise à hurler « Ché vivant ! Ché vivant ! » et elle s’est enfuie. Ni une ni deux, j’ai réveillé mes petits amis, et nous avons viré les fils. Nous sommes rentrés chez nous et avons attendu la suite. Elle n’a pas traînée : notre Ibèro-hystérique était allée chercher un homme, ou plus exactement, un habitant des vrais étages des pas-fous. Comme il n’y avait plus rien, il a commencé à se fâcher et dans un dernier geste désespéré sur fond de « chuis pas folle, ché vivant ! », elle a tapé à ma porte. Je l’ai jouée « mais c’est vous qui faîtes tout ce bruit ?! Vous avez vu l’heure ? etc.. » en prenant à partie l’homme fâché « vos êtes nouveau ici ? Vous avez un souci ? et… ».
C’est ainsi que nous perdîmes notre ligne en échange d’un fou rire. Enfin, tout ça juste pour vous dire que dans cette vie là, Felipe n’existait pas davantage et qu’après 2 ou 3 jours de ce régime là, j’étais parfaitement capable d’oublier jusqu’à l’existence de ma propre mère.
Je devais allée tout bientôt à la soirée d’ouverture de la maison de disques qui allait m’employer un peu plus de deux ans. Comme il est de bon ton d’avoir un cavalier pour ce genre de soirée, je me suis rendue compte qu’à part Matthieu, je ne connaissais pas de chromosomes X que je pouvais faire rentrer dans ma « vraie vie ». Flûte. Et, bien entendu, Matthieu partait chez ses parents. Non, n’imaginez pas que le prince charmant se présenta alors comme par enchantement sur son fier destrier blanc. Que nenni ! Madame Tomate (si, si, c’est une jeune femme) interrompit ma profonde réflexion car elle, avait besoin d’une copine pour se rendre à une soirée de « casage ». Une soirée de « casage » est une soirée organisée par des jeunes gens de sexe masculin, tous fraîchement diplômés et promis à de très hautes carrières et qui n’ont pas le temps de se trouver une épouse. Madame Tomate les faisait toutes avec d’autres plantes animées par ce même désir, mais là, elle était plantée et rendue à la dernière minute, me suppliait presque à genoux de la suivre là-bas. « T’aurais pas un frère ? » lui demandais-je ?
- « Quoi, pour m’accompagner ? »
- « Nan, pour moi. J’ai une soirée aussi, la semaine prochaine…’manque un « accompagnant » mignon et pas chiant »
- « Et toi t’as pas ça en magasin ? »
- « Nan »
- « Mon frère il a 15 ans »
- « Merde, un peut jeune »
- « Bon, tu viens ou quoi ? Alllleeeeeez ! »
- « Ok…Je le trouverais peut-être là bas »
- « Si tu me piques pas le mien »
- « Je te demanderai l’autorisation, miss »
- « T’as une robe noire ou sombre ? »
- « Euh oui, mais…hum…on ne fait pas franchement la même taille, je ne pense pas qu’elle t’ira »
- « Non, c’est pour pas qu’on soit habillée pareil, moi j’y vais en blanc, tu vois ? »
- « Ouais, comme ça tu pourras même te marier direct en sortant de la soirée »
- « T’es con toi »
La soirée était telle que je me l’imaginai et je m’ennuyai ferme. Tout était mielleux, attendu, convenu, poli, courtois et patati et patata. Les filles minaudaient en se caressant élégamment les entre seins. Les garçons offraient à boire en luttant pour ne pas se gratter leur entre jambes. Madame Tomate était méconnaissable en « épousez-moi » et je sentais que j’allais la récupérer en « valiumisez-moi ». De guerre lasse, j’ai attrapé un livre, et je suis allée m’asseoir dans un couloir, à distance respectable de tout ce qui chasse la ménagère de moins de 25 ans. J’ai pris mon air le moins sympa, et j’ai commencé à lire. Je ne comprenais pas grand chose à ce bouquin (il faut dire que c’était un manuel en Espagnol sur les techniques de construction de barrages) mais je m’accrochais à lui, comme une naufragée à sa planche. Et, tout à coup, « ça » m’est tombée dessus : Felipe me manquait. Il me manquait d’autant plus que j’avais le sentiment d’avoir été injuste avec lui, je m’étais comportée avec lui comme avec « eux ». Je fouillais un peu plus en moi et prenais la résolution N° 1 : « Mettre les mecs dans deux camps séparés : les touristes et les résidents ». J’en aurais certainement pris une deuxième dans l’élan si un type ne s’était pas mis à pousser un soupir à fendre l’âme juste à côté de moi. Poussée par une naissance d’humanisme et pressée d’éprouver ma résolution N°1, je m’enquiert : « Quelque chose ne va pas ? » .
Lui : « Et bien, franchement, je m’ennuie un max »
Moi : « Vous aussi vous accompagnez un candidat au grand jeu de la rencontre ? »
Lui : « Pas vraiment. J’étais censé être un…candidat, comme vous dîtes »
Moi : « Et vous n’avez pas trouvé chaussure à votre pied ? »
Lui : « Ce n’est pas comme cela que je tomberais amoureux, ça c’est sûr »
Moi : « Tiens, c’est la première fois que j’entend ce mot ce soir. C’est un signe que vous vous êtes en effet trompé de soirée, si vous voulez mon avis »
Lui : « On ne sait jamais, je n’ai pas d’a priori »
Moi : « Mmouiais »
Lui : « Et vous ? Qu’est ce que vous venez chercher ici ? »
Moi : « On pourrait se tutoyer, ça me détendrait un peu, tu vois ? »
Lui : « Tu as raison . Ca fait du bien ! »
Moi : « J’accompagne la madame tomate qui est là bas, à côté du piano, avec sa robe mir couleur »
Lui : « Joli surnom… »
Moi : « Et si on sortait d’ici ? »
Lui : « On pourrait prendre un petit déjeuner, avec mes… « amis » et « madame Tomate » , non ? »
Moi : « Pourquoi pas, oui ! »
Lui : « Allons les chercher »
Il était temps ! Madame Tomate n’avait pas trop le moral mais finira par sortir –après le petit déjeuner- avec un des amis de Laurent ( celui qui soupirait) pendant deux ou trois ans. Ils ne se marièrent pas et elle pleura beaucoup. Laurent est venu avec moi à la soirée d’ouverture animée par le millionnaire doux dingue ( il n’existe qu’en un seul exemplaire, j’ai vérifié) et est devenu spontanément un ami -jusqu’au jour où il fut propulsé outre atlantique dans un très grand tout nouveau bureau-. Comme c’était un « résident », il ne savait rien de mon « autre vie » qui commençait d’ailleurs à me lasser sérieusement. Grâce à tout cela, je lui ai parlé de Felipe, un peu, pour « voir ». Il m’a dit un truc que je n’ai jamais oublié : « Tu ne sauras rien de cette histoire tant que tu n’accepteras pas de la vivre. Felipe n’est pas qu’un homme, c’est aussi une histoire et elle t’appartient »
Moins d’une semaine plus tard, le millionnaire doux-dingue a embarqué tous ses nouveaux salariés pour une semaine à Ibiza. Je ne suis pas rentrée à Paris avec eux. Je suis passée par Salamanque, et j’ai bien failli y rester.
10:45 Publié dans 6- FELIPE (nouvelle) | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : felipe, episode 4


